Le Valenciennois au zoom

-13-Bacchus Vs Gambrinus

Vous vous promenez rue Tholozé à Valenciennes en direction de la gare, la façade d’un  restaurant Japonais attire votre attention. En levant le nez vous apercevez  entre les fenêtres du premier étage  un mascaron représentant Gambrinus assis sur une barrique et s’apprêtant à déguster une chope dégoulinante de mousse. Choc des cultures sur cette façade !

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Gros plan du mascaron (en mauvais état)

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Mais au fait s’agit-il de Gambrinus ou de Bacchus ?.Essayons d’apporter quelques précisions.

Si vous êtes curieux et amateur de bière vous avez sans doute remarqué les outils du brasseur en haut de la photo, notamment le Fourquet (à droite).

Pour en savoir plus:

Les Brasseries du Valenciennois site de Hervé: Cliquez ici

 

Qui était Gambrinus ?

-Gambrinus, parfois orthographié Cambrinus, serait l’inventeur de la bière, à moins que ce ne soit le  roi mythique  Gambrivius qui l’aurait devancé avec l’aide de la déesse Isis  aux environs de 1700 ans avant J.C. Mais pour les amateurs de bière en Flandre Française il n’y a pas de doute c’est Gambrinus qui a élaboré ce breuvage et il serait même natif de Fresnes-sur Escaut (à quelques km de Valenciennes).

 Il est parfois identifié comme étant Jean Premier de Brabant ou encore Jean-sans-peur duc de Bourgogne ou même Jean IV de Brabant.

 Dans un Extrait, page 379 du « Bulletin de la Commission royale d’histoire, Volume 5 » 3 Juillet 1841-8 Août 1842 Recueil de ses bulletins » L’auteur décrit la physionomie de Jean 1er de Brabant  et cite les vers  gravés sur le  tombeau de celui-ci à Bruxelles.

 « Gambrinus est une figure de chevalier flamand du moyen âge orné d’insignes royaux ou ducaux et qui tient dans ses mains une coupe de bière mousseuse. Sa physionomie ressemble beaucoup aux portraits du duc Jean 1er de Brabant seulement les joues sont un peu plus fortes que celles que l’on donne ordinairement au duc et dont la figure qui orne son tombeau à Bruxelles paraît avoir fourni le modèle. Les vers suivants expliquent ordinairement ce portrait : « Gambrinus étais je nommé de mon vivant roi de Flandre et de Brabant j ai fait de l’orge le malt et d’en brasser de la bière j ai imaginé.  Ainsi Messieurs les brasseurs peuvent dire avec vérité qu’ils ont un roi pour maître. Nargue donc qu’un autre métier pareils maîtres vienne nous montrer ».

-Toutefois la légende de Gambrinus natif de Fresnes-sur-Escaut  inventeur, avec le diable dupé, de la boisson connue des cinq continents ne manque pas de charme :

La légende de Gambrinus en Flandre française

Le texte ci-dessous entre guillemets est extrait de Wikipedia  cliquez ici (sous licence Créative Commons BY.SA.3.0.)

« Gambrinus habitait à Fresnes-sur-Escaut, une petite ville des Flandres françaises, où il exerçait le métier de carillonneur. Il était amoureux de Flandrine, la fille de son maître, qui était verrier ; mais Flandrine n’était pas amoureuse de lui. Il se mit à trembler, au point de ne plus pouvoir jouer, et les habitants de Fresnes le mirent en prison pour tapage nocturne après l’avoir insulté et roué de coups. Quand il fut libéré un mois plus tard, il voulut se suicider, mais le diable lui proposa d’oublier Flandrine en échange de son âme qu’il viendrait chercher trente ans plus tard. Gambrinus accepta le pacte. Il s’enrichit par des jeux d’argent, mais il n’avait toujours pas oublié la fille du verrier.

Il rencontra de nouveau le diable, qui lui donna des graines pour planter du houblon et lui montra comment fabriquer un carillon auquel nul ne pourrait résister. Gambrinus organisa alors une fête où tous étaient conviés. Les habitants de Fresnes trouvèrent la bière fort amère. Gambrinus commença alors à jouer du carillon et tout le monde dansa jusqu’à épuisement. La vengeance de Gambrinus était accomplie. Mais les habitants se précipitèrent sur la bière pour se rafraîchir et se rendirent compte que plus on en buvait, plus elle était douce.

La boisson se fit connaître au-delà des frontières du pays et le roi des Flandres, pour récompenser Gambrinus de ce succès, le nomma duc, comte et seigneur. Mais il préféra le titre de « Roi de la bière » que lui avaient donné les habitants de Fresnes. Peu de temps après, Flandrine se décida à lui parler, mais il ne l’avait pas reconnue et lui offrit à boire… il l’avait oubliée.

Lorsque les trente années furent passées et que le diable revint, Gambrinus joua du carillon jusqu’à ce que le diable trouve cela insupportable et disparaisse sans demander son reste. Gambrinus vécut heureux cent ans encore, tout en continuant à boire de la bière et à jouer du carillon. Lorsqu’il mourut, on retrouva à sa place un tonneau de bière : c’est pourquoi il n’a pas de tombe ».

-Un mur peint en trompe-l’œil le représente sur un pignon de Fresnes-sur-Escaut.

Gambrinus_fresque murale_Fresnes sur EscautSource: Service communication de fresnes-sur-Escaut

-Carnaval de Fresnes, ci dessous le char du géant Gambrinus Roi de la bière lors du carnaval du 15 Août.S7300004

Ci-dessous un lien vers l’Association des carnavals de Fresnes vous y retrouverez des photos du Géant Gambrinus sur son char tracté par des chevaux ainsi que les photos des marionnettes  géantes représentant les personnages de la légende: Flandrine, le diable, Gambrinus….

http://carnaval-fresnes.jimdo.com/

-Gambrinus à Jenlain. ( à quelques km à l’ Est de Valenciennes).

 La brasserie Duick qui brasse la bière de garde ambrée dite « Jenlain » depuis 1922 arbore sur le toit d’un de ses anciens ateliers une girouette de cheminée qui représente Gambrinus  à califourchon sur un tonneau de bière. Un peu plus bas un vitrail sur le pignon le représente également. Voir photo ci dessous.

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A noter que sur de nombreuses cheminées de brasseries  de la région on retrouve (retrouvait) la même girouette. Voir le site de M. Christophe Tondeux en cliquant ici

Origine de la légende.

Le nom serait le diminutif de Jean Primus, fils de Henri de BRABANT.

Charles Deulin, écrivain Condéen du XIXème siècle s’inspira de ce personnage  pour créer le fameux Cambrinus dont il raconta les exploits, imaginaires, dans son ouvrage « Les contes d’un buveur de bière », exploits qui se déroulent à Fresnes.:

Source: « Fresnes-sur-Escaut, quelques pages d’histoire locale » édité par les Amis du Vieux Fresnes.

On y retrouve sur une quinzaine de pages le conte de Charles Deulin dans son intégralité.

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Mais pourrait-on confondre Gambrinus avec Bacchus, lui aussi souvent représenté à califourchon sur une barrique avec une coupe  à la main ?.

Qui était Bacchus ?

Bacchus dans la mythologie Romaine, (Dionysos dans  la mythologie grecque) est le  fils de Jupiter et de Séléné. Le mythe raconte que celle-ci fût foudroyée involontairement par son divin amant alors qu’elle était enceinte. Jupiter réussit à sauver l’enfant en entaillant sa propre cuisse et y en cousant l’embryon pour mener sa gestation à terme. C’est de ce mythe que provient l’expression « Être né de la cuisse de Jupiter ». Pour en savoir plus sur Bacchus cliquez ici pour ouvrir la page Wikipedia.

En résumé Bacchus est le dieu du vin, de l’Ivresse et des débordements de la nature.

Déclinent de Bacchus :

-Bachique: définition  Larousse : Relatif à Bacchus. Qui célèbre le vin, l’ivresse.

-Bacchanales: définition Larousse : Fam. Orgie. Fêtes antiques en l’honneur de Bacchus.

-Bacchantes: définition Larousse : Prêtresse du culte de Bacchus

Au XVIème siècle Louis de la Fontaine (1522-1587) auteur du «Recueil des antiquités de Valenciennes » avait confié la réalisation des enluminures de ses livres à Hubert Cailleau. On peut en visionner quelques-unes sur le site de la base Enluminures.

L’arrivée de Charles Quint à Valenciennes le 21 janvier 1540 (il avait obtenu l’autorisation de François 1er de traverser la France depuis l’Espagne avec son armée pour réprimer l’insurrection des Gantois contre l’impôt)  fait l’objet de nombreuses festivités décrites par Louis de la Fontaine. Parmi  les enluminures d’Hubert Cailleau on retrouve cette illustration d’une fontaine à vin édifiée à cette occasion.

Au sommet d’une colonne Bacchus est assis sur un tonneau et déverse du vin blanc et du vin rouge.

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base Enluminures
Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS
Ministère de la culture

Source : Bibliothèque de Douai. Cliquez ICI,

Illustration de la base Enluminures réutilisée en accord avec la Bibliothèque de Douai. Reproduction interdite sans son autorisation.

En 2007 le service archéologique de Valenciennes effectue des fouilles préventives sur le site de la rue d’En-Bas-L’eau (ancien domaine Comtal de Salle-le Comte). Tout un stock de plastrons  Espagnols (plus de 400), d’armes, de boulets y est découvert. Le musée de Valenciennes en expose une partie. Le service archéologique y découvre également la fontaine à vin ci-dessous.

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Cette fontaine à vin représente  Bacchus comme l’indique la plaquette explicative.

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Pour info concernant ces fouilles et la découverte d’armures espagnoles :Cliquez ici

Il faut cependant noter que Bacchus n’est pas toujours représenté à califourchon sur une barrique. Michel-Ange, Le Caravage, etc …le représentent dans une attitude plus « digne » couronné de feuilles de vigne ou de grappes de raisin et tenant parfois à la main le Thyrse (bâton couronné d’une grappe et de rameaux de vigne).

Ci dessous un détail du tableau de Nicholas Poussin (1627) intitulé « La Grande Bacchanale ».(Visible au Louvre-Lens).OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ci dessous une photo du tableau de Jacques Courtin (1672-1752). Musée des Beaux-Arts d’ Arras.

Titre: « Bacchus confié aux nymphes de Nysa ».

Mercure désigne de son bras gauche le ciel où se trouve son père Jupiter.

Bacchus confié aux nyphes de Nysa—//—

.De nos jours l’adjectif Bachique est utilisé par les œnologues pour qualifier leurs sociétés, confréries, amicales, fêtes en l’honneur du vin. Il n’est plus question de célébrer l’ivresse.

Jules Mousseron, mineur, poète, créateur du personnage de « Cafougnette » organisait  souvent des soirées entre mineurs dîtes « Fêtes bachiques» à la fin desquelles une collecte était organisée afin d’apporter une aide aux mineurs en difficultés. Source HainautPedia cliquez ici

Jean Dauby (1919-1997) dans son livre « Jules Mousseron à l’fosse .La mine et les mineurs » se souvient que dans les années 30, alors âgé d’une douzaine d’années, être allé avec son père à l’Hippodrome de la place Poterne de Valenciennes assister à l’un des mille « concerts » du poète-mineur. On était loin de la débauche du mythique Bacchus.

En guise de conclusion.

Bière ou vin, il semble que l’origine de ces deux boissons remonte à la nuit des temps. Il est plus que probable que la bière ait été inventée par les égyptiens en même temps que le pain levé, la différence entre les deux étant la quantité d’eau utilisée. Dès l’antiquité les Gaulois brassaient la Cervoise, bière issue d’orge et de céréales germées à laquelle étaient ajoutées des épices et des herbes aromatiques. Elle sera consommée principalement par les peuples du Nord et du Nord-est de la France. De l’utilisation du Houblon  naitront probablement les bières que nous connaissons actuellement. Jean 1er de Brabant ou Gambrinus y sont peut-être pour quelque chose !

La bière a souvent été décrite comme boisson « hygiénique » car pour des raisons sanitaires elle présentait moins de risques, à ces époques, que l’eau. Fin XVIIIème  la bière consommée par le « bas peuple », par les mineurs et leurs familles, puis par les ouvriers de la sidérurgie et de la métallurgie était ce que l’on appelle de la « petite bière », à très faible teneur en Alcool.

Jean Dauby écrit que vers la fin du XIXème siècle le village agricole de Denain était devenu une ville de onze mille habitants dont 3000 mineurs. Dans cette ville 6 brasseries produisaient annuellement trois millions de litres de bière. Chaque habitant à l’époque en buvait, en moyenne, trois cent trente litres par an. !

Quand au vin son origine remonterait à la plus haute antiquité et même au néolithique .La vinification du raisin daterait de 8000 ans. Source Wikipedia

Le vin sera surtout produit et consommé dans les pays du pourtour méditerranéen. Dès l’antiquité l’avènement de l’amphore permettra  sa conservation et son transport sur de grandes distances.

 Mais il n’est pas étonnant que le vin soit consommé dans le Valenciennois, En effet grâce à l’Escaut navigable à partir de Valenciennes les denrées, dont le vin des régions plus propices à la vigne, étaient embarquées sur des bateaux à fond plat vers le port d’Anvers à destination des pays du nord.

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Connaissiez-vous Gambrinus et Bacchus  figures légendaires ou mythiques ?

Cet article vous a peut-être  permis de découvrir  cet étrange personnage à califourchon sur une barrique ?

Important : Bière ou vin sont à consommer avec modération, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

Fin de l’article

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Les photos personnelles de ce blog sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

Pour les autres photos et illustrations: les sources sont citées.

7 janvier, 2015 à 23 h 36 min


5 Commentaires pour “-13-Bacchus Vs Gambrinus”


  1. Instants partagés... écrit:

    Bonjour,
    Merci pour le lien vers mon site, qui m’a fait découvrir le votre par hasard. A titre de réciprocité j’en ai fait un vers cette page.
    Toujours content d’échanger des informations avec des gens qui partagent les mêmes centres d’intérêt.
    -Christophe Tondeux-

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  2. Hervé écrit:

    Il est évident que ce personnage est Gambrinus puisque on peut voir les outils du brasseur .On peut donc supposer qu’une brasserie a existé à cette adresse . Sous quel nom ? je ne saurais répondre car aucune brasserie n’est recensée Rue Tholozé dans le listing que je posséde . Mais cette rue portait certainement un autre nom auparavant . A moins que ce soit une brasserie dont je ne connais pas l’adresse ….?
    Mon site : http://brasseriesduvalenciennois.moonfruit.fr/

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    • hanwide écrit:

      Merci Hervé pour ces commentaires et questions.
      On m’a dit que le bas relief de Gambrinus se trouvait au dessus du café-brasserie qui portait le nom de « Au Gambrinus », mais je ne possède ni photo ni carte postale ancienne pour le confirmer. De la même façon je ne peux vous renseigner sur une brasserie située au N°16 de la rue Tholozé.

      J’ai visité votre site, pas encore entièrement tant il est complet et très documenté, mais je peux cependant apporté une précision concernant la brasserie de Famars dont le nom était « La Famarienne ». Je vous envoie par mail une copie d’un reportage de la Voix du Nord du 19/11/96.
      Je vous enverrai également une de mes photos de la brasserie Bisiau-Rombaut (bière St Eloi) de Vendegies sur écaillon. (mais ce n’est plus le Valenciennois).
      J’ai placé un lien vers votre site dans mon article sur Cambrinus, cela rendra ce dernier plus complet.
      Cordialement
      Georges Biron

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  3. Francis écrit:

    C’ est le vin ou la bière , la boisson la plus consommée dans le Nord ?

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    • hanwide écrit:

      Bonjour Francis j’ai trouvé une réponse dans le site « Persée ».
      Lien ci après:
      http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rbph_0035-0818_1970_num_48_3_2841_t1_0915_0000_2
      En voici un extrait:
      « La situation géographique du Hainaut en fait une région de passage entre la Flandre, la principauté de Liège et le comté de Namur, entre la Champagne et la Flandre. Les courants commerciaux qui le traversent sont par suite importants ; les routes sont fréquentées par de nombreux marchands étrangers, et les marchands hennuyers eux-mêmes sont en rapports suivis avec les villes de Flandre, de Brabant, de Hollande et de Zélande ; leurs villes drapantes sont connues de toute l’Europe. La consommation du vin y est très répandue, bien que le pays ne soit pas producteur ; la culture de la vigne y est réduite et exceptionnelle. D’abord les grandes villes consomment beaucoup de vin : on compte à Mons, au xive siècle, jusqu’à 87 marchands de vin. A Valenciennes en 1352 on peut évaluer la consommation à 350.000 litres, d’après le produit des droits perçus sur les ventes ; il est vrai que la ville est une place commerciale importante et une étape privilégiée pour le vin. Mais on consomme aussi le vin dans les villages, contrairement à l’opinion courante. Il est «boisson de paysan», alors qu’en Flandre, d’après Pirenne, il est «boisson de bourgeois ». On l’emploie comme remède ; on le boit à l’occasion des fêtes, de la conclusion des marchés, et aussi parfois dans la vie journalière. D’après les maltôtes des villages, on peut évaluer la consommation individuelle annuelle, dans la région du Quesnoy, à 7-8 litres en 1385, à 11-13 litres au début du xve siècle.
      Le vin n’est donc pas un produit de luxe. Mais comme la production locale est inexistante, on doit l’importer, d’où une réglementation et des taxes fixées par le pouvoir ; telles que l’afForage pour la vente locale, le vi- nage pour le transport à travers le comté. Le comte tient à favoriser le commerce de transit ; il ne tire donc pas de ces taxes des revenus considérables, et il abandonne souvent leur perception aux villes. »

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