Le Valenciennois au zoom

-18-La Brasserie des Maillets

La Brasserie des MAILLETS

Le premier article de ce blog vous a fait découvrir la rue des Maillets de Valenciennes, mais c’était oublier l’immeuble ci-dessous qui se trouvait à une époque au bord de l’Escaut.

Ancienne brasserie de la rue des Maillets-Valenciennes

Par l’intermédiaire de la rubrique « commentaire », Monsieur Alain Boissau  m’a contacté pour me signaler que sa famille (Boissau-Namur) avait exploité cette brasserie dans les années 1850/1870.

 Il m’a fait part de ses recherches sur la généalogie de sa famille et sur l’histoire de cette brasserie. Vous trouverez ci-dessous, in-extenso le document qu’il m’autorise à rendre public.

M. Boissau concède que ses recherches ont été grandement facilitées par l’accès au site du patrimoine numérique de la bibliothèque de Valenciennes.

Un extrait de la carte de Valenciennes de 1827 en introduction, vous permettra de situer cette brasserie.

Ci-dessous le document rédigé par Monsieur Alain BOISSAU

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La Brasserie des MAILLETS.

PlanPlan de Valenciennes, Chef-lieu d’Arrondissement, avec une esquisse de la banlieue indiquant les principaux édifices, le périmètre de toutes les propriétés, les Rues, Places, Canaux, etc. ainsi que les nouveaux projets de Percements et Redressements qui y sont relatifs ; Dressé par P.F.Rousseau, 1827. Source Bnf Gallica cliquez ici et zoomez

 Entourée en rouge, la parcelle de la brasserie.

 La rue des Maillets à Valenciennes, est située dans le quartier du Neuf Bourg. Dans sa »Topographie historique et médicale de Valenciennes », publiée en 1846, le docteur Abel STIEVENART, médecin chef à l’Hôpital Général, écrit que le quartier, plutôt pauvre et insalubre, « renferme des rues forts malsaines qui se trouvent trop rapprochées du rempart et beaucoup trop étroites pour le chiffre de leur population » et « où l’humidité inonde les murs des habitations et où le soleil ne pénètre que fort difficilement ». Une brasserie  y sera historiquement installée du fait, certainement, de la proximité de l’Escaut dont l’eau est nécessaire à la production.

 C’est vers 1785 que Jacques Albert Joseph MALLEZ né le 5 juin 1756 à Saultain, issu d’une famille de gros agriculteurs, s’installe à Valenciennes comme marchand brasseur. Ses parents sont Jean Henry MALLEZ (1719-1779), fermier de l’Abbaye de Saint Jean à Valenciennes et Anne Albertine Joseph DEHAYNIN (1731-1818). Il épouse le 6 février 1787 à Valenciennes Adelaïde Philippine Josèphe LAPLACE (1762-1859).

 Selon le recensement de l’an IV (1795/1796) de la population de Valenciennes – section Liberté, il est installé à Valenciennes depuis dix ans. Il apparaît, comme marchand brasseur, sur le recensement de 1800 au 7, 8 et 9 rue du Pont des Chartriers et en 805, comme propriétaire, toujours au 7, 8 et 9 rue du Pont des Chartriers, où il demeure, mais aussi au 16 rue des Maillets où il loue une petite habitation à Pierre CARREZ, charretier puis ouvrier cloutier et à son épouse Henriette BERNARD fileuse.

En fait, il s’agit d’une seule et même parcelle que l’on distingue bien sur le plan de 1827 et qui longe à l’époque la rivière Escaut, qui coulait en centre-ville avant d’être plus tard canalisée à l’extérieur de Valenciennes. On est bien sur le site de la brasserie qui sera exploitée jusqu’au début du XXème siècle.

Jacques Albert Joseph MALLEZ exploite la brasserie durant une trentaine d’années sous l’enseigne « Brasserie MALLEZ LAPLACE » ou MALLEZ père. Il en fait l’une des plus importantes de Valenciennes.

Dans les années 1830, la brasserie est toujours la propriété de MALLEZ père, homme aisé qui possède, aussi, plusieurs maisons dans le quartier. Il en reste propriétaire jusqu’à son décès, le 25 juin 1852 à Valenciennes, à l’âge de 96 ans.

 Mais, elle est exploitée par son fils, Albert MALLEZ, né le 9 août 1791 à Valenciennes (Recensement de 1831 et 1836). Albert MALLEZ meurt, à son domicile rue des Maillets, le 21 novembre 1843. Quelques jours plus tard, le 1er décembre 1843, l’usine est victime d’un incendie qui nécessite l’intervention des pompiers, le feu ayant atteint les fenêtres. Le feu est, heureusement, rapidement circonscrit.

Zoomez sur la colonne de gauche pour lire l’annonce du 18 janvier 1844.

Source: Patrimoine numérique de la Bibliothèque de Valenciennes

 La brasserie est mise en vente par adjudication publique et volontaire le 27 février 1844 par Maître Lefebvre, notaire à Valenciennes. Elle est achetée par le brasseur François SOUFFLET, qui l’exploite jusqu’en 1851.

A l’époque, les brasseurs assuraient aussi l’exploitation de cabarets ou d’estaminets dont ils étaient propriétaires ou bailleurs. Dans l’annonce de 1844, la vente concerne la brasserie proprement dite mais également des maisons à usage de cabaret.Outre un complément de revenu appréciable, cela permettait au brasseur d’écouler sa propre production de bière. A ce titre, l’Echo de Valenciennes mentionne la réouverture le 21 août 1847 par le brasseur SOUFFLET d’un établissement à l’enseigne de « La Vallée des Cygnes ».

Zoomez sur la colonne centrale pour lire l’annonce du 21 août 1847

Source: Patrimoine numérique de la Bibliothèque de Valenciennes

En 1851, François SOUFFLET tente de revendre sa brasserie. Le samedi 26 octobre 1851 a lieu la vente aux enchères de cette « grande et belle brasserie, bien achalandée ». L’établissement comprend « une grande et petite brasserie, logement d’habitation, deux cours, écurie, remises et autres dépendances ». Est prévue la possibilité pour l’acquéreur de reprendre le droit au bail de quinze cabarets pourvus d’une bonne clientèle. En fait, la vente ne se fait pas et la brasserie est toujours en vente au début de 1852.

Une nouvelle vente de la brasserie de la rue des Maillets, présentée sur une annonce comme « l’  une des plus grandes de la ville », a lieu le 28 avril 1852 en l’étude de Maitre DUPIRE au prix de départ de 40 000 francs, soit deux fois moins que le prix des investissements engagés par le brasseur Soufflet pour son entretien et sa restauration. Le stock de bière disponible à la vente est évalué à 2000 tonneaux. Au rez-de-chaussée de la maison d’habitation, on trouve « un grand et un petit salon, une chambre à manger, bureau, cuisine, cabinet buanderie, une remise, une écurie et deux cours. A l’étage, on trouve huit chambres ». Le bâtiment compte, également, « de fort belles caves et de vastes greniers ». Le jardin est parfaitement entretenu.

Zoomez sur le haut de la  colonne de gauche pour lire l’annonce du 27 avril 1852

Source: Patrimoine numérique de la Bibliothèque de Valenciennes

Léopold NAMUR, 26 ans, brasseur à Lourches et Edmond Théophile VINCENT, économe des hospices de Valenciennes s’associent pour racheter et exploiter l’affaire. Une société en nom collectif est créée par acte en date du 13 mai 1852. Léopold assure la direction de l’entreprise et la fabrication de la bière tandis que Théophile VINCENT est chargé de la tenue des livres, du placement de la production et de la surveillance des caves.

La raison sociale de la nouvelle société devient : « Brasserie NAMUR et VINCENT »

Extrait des publicationsLéopold NAMUR est né le 25 décembre 1826 à Anzin. Son père, originaire de Bastogne en Belgique, est industriel fabriquant de chaux et de ciment à Valenciennes.

Il a fait ses études au Collège de Valenciennes. Par la suite, il suit les cours de l’École spéciale de commerce, annexée au Collège de Valenciennes. Créé dans les années 1830, cet enseignement répond de la part de la municipalité aux aspirations des industriels et des commerçants de voir mis en œuvre un enseignement plus conforme à l’économie en développement et aux activités nouvelles du pays. On offre un enseignement moins classique et plus ouvert aux techniques de gestion. Léopold reçoit lors de la remise des prix de l’année 1843 le Prix d’excellence, suivi d’un premier prix en écriture, langue française et anglaise.

Il quitte l’école en 1845 et s’oriente vers une activité en plein essor à cette époque, la production de bière. Il est, au début des années 1850, gérant de la brasserie de Lourches avant de reprendre la brasserie des Maillets.

 Marié le 3 mai 1853 à Anzin avec Adèle BOISSAU, fille de Félix Joseph BOISSAU, directeur des mines à Denain. Ils auront trois enfants, Elise, Emile et Jeanne. Léopold habitera la maison patronale, rue des Maillets, avec sa famille jusqu’en 1876, date de son décès.

Léopold Boissau

Un épisode « amusant » en 1857, retrouvé dans l’Echo de la Frontière : Léopold est condamné en correctionnelle avec deux autres collègues brasseurs à une amende de 300 francs pour falsification de la bière qu’il produit, par un emploi excessif de chaux, nuisible à la santé. Jugé le 2 juillet 1857 par le Tribunal de Valenciennes, l’affaire ira en appel le 1er août de la même année. La Cour impériale de Douai, jugeant en cassation, ne remettra pas en cause la condamnation déjà intervenue. Cette dernière n’interrompt pas l’activité de la brasserie.

cour impériale de Douai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La société NAMUR et VINCENT est prorogée pour une durée de neuf ans par contrat en date du 4 septembre 1866 reçu par Maitre Théophile DELCOURT, notaire à Valenciennes.

publication légale

Les deux associés confortent la position de la brasserie. Tous deux sont désormais des notables installés dans la société valenciennoise de la fin du Second Empire. Edmond Théophile VINCENT est, notamment, élu juge commissaire au Tribunal de Commerce. Il est membre de la liste libérale et indépendante lors des élections municipales du 7 août 1870, conseiller municipal par la suite, puis administrateur du bureau de bienfaisance. On retrouve la Brasserie NAMUR et VINCENT dans la liste des donateurs à l’occasion de la tombola du 29 août 1875 organisée par les canonniers sédentaires de Valenciennes pour venir en aide aux victimes des inondations. La société offre « une demi tonne de bière ».

Mais, au début de l’année, 1876, Léopold NAMUR tombe malade. La brasserie est mise en vente en avril de la même année par l’intermédiaire de son frère, Maitre Henri NAMUR, notaire rue de la Viewarde à Valenciennes. Il meurt le 29 avril 1876 dans la maison de la rue des Maillets.

 

Brasserie à céder

La brasserie est achetée par Edmond Louis CAUDE, natif de Cambrai et installé à Valenciennes vers 1865 d’abord en qualité de bijoutier. Veuf en première noce de Marie Adélaïde BOULENGER, il habite la brasserie avec son épouse Henriette PINÇON et ses enfants de 1876 à 1887 (Recensements de 1876, 1881 et 1886), période après laquelle il se retire à Saint-Saulve.

Par contrat du 1er mars 1877 passé devant Maitre Henri NAMUR,notaire, une société en nom collectif est créée entre Edmond Louis CAUDE et Léon Paul COLLARD, mineur émancipé à fin d’exploitation en commun de la brasserie.

En 1887, la brasserie en vente pour la somme de 55 000 francs est exploitée, semble-t-il, exclusivement par Léon Paul COLLARD, 25 ans. Célibataire, il vit rue de Maillets avec ses parents rentiers.Lors de la vente de 1887, sont, également, cédées « une maison rue de l’Escaut n°34 à usage de débit de boisson » à Louis POSTILLE, employé à Valenciennes, pour la somme de 5800 francs, ainsi qu’« une maison à usage de débit de boisson, sise à Artres, rue du Pont de la Ville » à Léon CHAUFFARD, cultivateur et brasseur à Maresche, pour 4400 francs.

Léon Paul COLLARD meurt le 13 novembre 1893 à l’Hôtel Dieu de Valenciennes à l’âge de 33 ans. La brasserie est alors reprise par Eugène BOSSUT et son épouse Flore WATTREMEZ (recensements de 1896, 1901, 1906 et 1911) et fonctionnera jusque dans les années 1910. Ils vivent rue des Maillets avec leurs trois filles, Anne, Suzanne et Andrée (Recensement de 1906). En 1914, Eugène BOSSUT, atteint de tuberculose rénale, n’est pas mobilisé. Il est réfugié dans un premier temps à Cosne, puis au Crotoy près d’Abbeville. Il meurt pendant la Première Guerre mondiale. Après la guerre, la brasserie ne semble pas reprendre la fabrication. Au journal Officiel du 30 mai 1922, on trouve mention de la cession par Flore BOSSUT WATTREMEZ d’un estaminet, sis 6 rue du Quesnoy à Valenciennes. Il s’agit,vraisemblablement, d’une opération réalisée dans le cadre de la succession de son époux.

Sources :

Recensements de la ville de Valenciennes (Archives de la ville de Valenciennes en ligne)

Echo de la Frontière et Courrier du Nord (Archives de la ville de Valenciennes en ligne)

Etat-Civil de la ville de Valenciennes / fiches matricules militaires (Archives du Nord en ligne)

Photos : Inventaire général du patrimoine culturel (http://www.culture.gouv.fr)

  Ci dessous quelques photos de la Brasserie:

  Brasserie des Maillets-2 Brasserie des Maillets-3

Brasserie des Maillets-1

Fin du document de Monsieur Alain Boissau

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22 août, 2017 à 22 h 40 min


2 Commentaires pour “-18-La Brasserie des Maillets”


  1. Gipé le SCALDIEN écrit:

    Très informatif , très construit , avec un récit qui tient en haleine (comme d’habitude, ce qu’ il faut toujours dire): on croit vivre avec ces gens dotés du sens de l’Aventure!
    Ce sur un territoire marqué par l’Escaut, un « personnage principal » de Valenciennes alors.
    L’histoire de cette brasserie est un document sur les hauts et les bas des activités économiques et humaines de l’époque; ce que peu de livres d’histoire savent faire!

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